Un tueur sur la route - James Ellroy
Un tueur sur la route
James Ellroy
Éditions Rivages / 2001 (1986)
397 pages
L’auteur ne raconte pas un tueur : il vous enferme dans sa tête ...
Confession honteuse : c’est mon premier Ellroy. Oui, je sais, j’ai dû vivre dans une grotte ces dernières années. On m’a conseillé celui-là pour sa plongée dans la psyché d’un tueur en série.
Vous pouvez me balancer vos recommandations : je rattrape volontiers plus de 40 ans de retard !
Dans la psyché du tueur, nous plongeons jusqu’à la moelle, puisque c’est lui-même qui nous raconte son histoire, depuis le début. Par la voix, la résonance et les pensées désordonnés de cet individu, l’auteur parvient à nous enfoncer corps et âme dans un monologue qui nous enveloppe, bien malgré nous, dans une pure folie.
Fantasmes, cauchemars, hallucinations, divagations, obsessions, illusions et désillusions se succèdent, se mêlent, disparaissent pour mieux ressurgir. Seule constante : une montée en puissance dans une perversité qui finit par sembler presque logique, presque cohérente.
La narration est déstabilisante. Nous sommes si proches de ce cerveau à la fois intelligent et totalement déstructuré qu’il devient difficile de prendre le recul nécessaire pour juger cet homme aux graves troubles mentaux. Une émotion intense émane de ces pages, mais nauséabonde et très mal canalisée. C’est une véritable expérience d’immersion totale.
James Ellroy parvient à nous faire visualiser la construction, brique par brique, d’un cerveau malade qui ne fonctionne que par l’accumulation et l’enchevêtrement continu de fantasmes. Absolument tout repose sur un mélange d’émotions non contrôlées.
Au-delà de l’aspect psychologique du tueur, l’auteur montre, par le biais de divers rapports de police, le profond désarroi des services face à un tueur en série sévissant dans de nombreux états. Si cela reste difficile aujourd’hui, on imagine aisément la complexité il y a quelques décennies, sans collaborations efficaces et avec peu de moyens techniques.
L’auteur évoque d’ailleurs ici la création des « forces spéciales » du FBI, mises en place pour faire face à ce phénomène.
Ce bouquin, écrit il y a 40 ans, constitue un condensé du phénomène des tueurs en série. Il brosse le portrait de l’un d’eux, dont le profile correspond finalement à bien d’autres. James Ellroy, alternant entre psychés complètement débridées, rapports de police et passages d’enquêtes, résume avec perfection et précision ce triste phénomène alimentant tant de faits divers.
Enrichi par de nombreux articles de journaux, ce récit joue également le rôle de critique sociale, Ellroy dépeignant une Amérique quelque peu déstabilisée par une justice plutôt chaotique et une criminalité non maîtrisée.
C’est un récit atypique d’une grande intensité !