Lune sanglante - James Ellroy

Publié le par Pascal K.

Lune sanglante 
James Ellroy

Rivages noir / 2020 (1984)
367 pages 

Deux élèves. Un camarade. Un viol, un tabassage en règle. L’auteur n’a pas traîné pour annoncer la couleur de ce roman. 

En toile de fond, les émeutes de Watts à Los Angeles en 1965 - la communauté noire contre un système qui l’ignore - viennent encore assombrir un peu plus le tableau.

Vingt ans plus tard, la victime du viol est devenue tueur en série. Et un jeune soldat prometteur lié aux émeutes, lui, est devenu le flic chargé de le traquer. La base est posée, à la Ellroy : dense, noire, et sans la moindre once d’espoir pour une société américaine violente et bourrée de corruption. 

Toute action provoque toujours une réaction. Certes, elles sont multiples, mais James Ellroy en a choisi une pour nous. Pas la plus belle. Peut-être la plus tragique, humainement parlant.    

La densité du récit est étourdissante. Dans la tête du tueur ou dans celle de celui qui tente de le stopper, c’est un chemin noueux, complexe et fascinant. On n’en ressort pas vraiment intacte. L’auteur nous place face à deux hommes, deux existences aux antipodes, mais avec un point commun troublant : ce « grain de folie » qui les rend redoutablement efficaces, chacun dans son domaine. 

James Ellroy s’attarde longuement sur le fonctionnement psychologique de ses personnages, et ça paie. Le flic que nous suivons est un paradoxe incarné, dans le sens où son efficacité et son intelligence sont remarquables, pour un comportement qui, lui, déraille un peu - surtout sur le plan émotionnel. Ça se « déchire » pas mal dans son âme ! C’est un flic qui bosse avec les tripes, avec une vision de la justice presque religieuse. Défendre une victime, pour lui, c’est une mission divine. 

L’auteur déploie sa trame criminelle en misant davantage sur la subtilité plutôt que sur de l’action pure. Les interactions, l’observation et la jugeote restent encore ce qu’il y a de plus efficace, et c’est là que tout se joue. Une enquête ancrée dans le réel, loin du sensationnel, finalement. 

Le rythme du bouquin, finalement, est calqué sur l’âme de ses personnages - ni lent, ni précipité. Atypique, introspectif. Très juste. La violence efface toute notion d’amour, ou alors est-ce l’inverse ? Les deux finissent par se fondre l’un dans l’autre, et on ne sait plus très bien où l’un commence et l’autre s’arrête. Par contre la rédemption, elle, semble s’aventurer un peu partout dans cette histoire. 

La folie et le bon sens vont également intimement s’entremêler, mais jusqu’à quel point ? 

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