La Théorie du Mal - Margot Estner

Publié le par Pascal K.

La Théorie du Mal
Margot Estner

Éditions Prisma / 2025
386 pages

Premier roman. Et déjà une écriture hachée, découpée au scalpel. Belle maîtrise, j’adore ce ton. Premier roman. Et c’est un joli coup de cœur ! La barre est placée haute … 

L’auteure nous entraîne dans une histoire liée au mal - avec séquestration, violence et douleur pour principaux compagnons de route. La psychiatrie - l’âme ! - demeure au centre de tout. Une trame parfaite pour mettre en scène des personnages d’une belle « puissance », et finesse … 

Dès le départ, les faits sont relativement clairs - mais les rôles, eux, restent flous. Les personnages ne se livrent qu’au compte-gouttes.

Pour les faits, une équipe de la PJ traque un tueur de femmes qui sévi dans la région, des victimes retrouvées étranglées, mutilées, mordues. Pour les rôles, c’est là que cela devient vraiment intéressant. On suit tout le monde, entourage du tueur compris. Mais le flou, lui, ne se dissipe pas si vite. Jusqu’aux réponses, qui font froid dans le dos. Car il restera aussi - et surtout - à comprendre le « pourquoi ».

La psychologie d’un tueur en série est souvent fascinante à décortiquer - ce sera le cas ici. Mais quand celle d’une victime l’est tout autant, c’est encore plus troublant. L’une d’elles, amnésique, a sa propre voix dans ce roman - et elle va vous donner du fil à retordre.

C’est vers le dénouement, même un peu avant, que le récit déploie toute sa puissance. Humainement, c’est très intense. L’auteure s’attaque à ce qui nous construit, à l’essence-même de ce que nous sommes, nous anime ou nous fait vivre, nous fait tenir debout. 

A travers une structure psychiatrique complexe et subtile, elle démontre à quel point l’attachement - dans tous ses sens - résiste à toute manipulation. L’être humain, tout au fond de son âme, est loin d’être une marionnette. 

Bien que ce récit nous conduise vers une violence inouïe, il reste absolument touchant, où l’amour garde une place bien à part, petite, mais tenace. Déstabilisant. L’abandon, la trahison, la haine, l’amour - ces notions donnent au récit une direction claire, radicale. Et une fois lancé dans cette direction, l’émotion et « les tripes » font le reste.

A lire.

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H
La cruauté et la violence de ce thriller me font très peur mais tes derniers paragraphes conclusifs m'attirent irrésistiblement. Merci pour cette belle analyse et cette découverte.
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