De boue & de sang - Laurent Obertone
De boue & de sang
Laurent Obertone
Éditions Magnus / 2025
350 pages
L’auteur rembobine le film de notre Histoire et appuie sur « stop » lorsqu’il arrive vers la fin du Moyen-Âge, en France, lors de la « Guerre de cent ans ». C’est à sa manière qu’il va nous raconter une partie de ce vaste conflit.
Nous suivons un jeune homme aussi robuste que désœuvré qui arrive à Paris pour vendre tout ce qu’il lui reste, une vache qui sera négociée à la perte. Cet acte ouvre une aventure guerrière qui nous plonge dans un décor médiéval où se mêle misère, violence et parfois espoir, une atmosphère qui sollicite absolument tous nos sens.
A travers l’âme et les yeux de notre vigoureux personnage, nous allons découvrir la barbarie des champs de batailles, des guerres civiles, mais nous allons également percevoir le courage qui y règne en maître, ainsi que l’appel du sang, de la mort.
Eh oui, ce n’est pas seulement une histoire qu’on lit, mais un lieu qu’on habite, un décor qui nous traverse jusqu’à l’âme, nous submerge, et nous retient bien après la dernière page. C’est indéniable, Laurent Obertone sait raconter, avec force et avec précision.
La boue, le sang et toute la violence des hommes nous submergent d’une intensité foudroyante. C’est redoutable. Une violence nécessaire, loin d’être gratuite, des combats à mort pour la survie d’un peuple. Se sentir si vivant face à la mort.
Tu sens le souffle court des guerriers te chatouiller la nuque, tu entends le silence de la peur ou de l’excitation juste avant l’affrontement, tu perçois l’adrénaline qui émane des armures. Puis vient le chaos des batailles. C’est intense. Se battre pour l’honneur, pour sa patrie, mais également se battre pour se battre, poussé par cet instinct de tuer quand on ne connaît que cela.
Quel sens donner à la vie lorsque tu es né pour te battre et tuer ? Laurent Obertone, par son personnage tourmenté, tentera de nous donner quelques réponses.
Quelle singulière ironie de l’histoire que de contempler notre triste époque en songeant aux hommes qui, jadis, suivirent une jeune paysanne de dix-sept ans jusqu’aux portes d’Orléans, prêts à mourir pour une France qu’ils n’avaient assurément jamais vue dans son entièreté.
Ces soldats, qui trouvèrent dans la foi d’une bergère la force de reconquérir un royaume, auraient sans doute de la peine à reconnaître ce pays pour lequel ils versèrent leur sang … !
Triste époque, vraiment, où l’héroïsme semble aussi désuet qu’une armure rouillée dans un musée poussiéreux.
À lire !