Chiens fous - Max Monnehay

Publié le par Pascal K.

Chiens fous
Max Monnehay

Éditions Harper Collins / 2025
330 pages 

La justice … Est-ce ce mot qu’on prononce avec espoir … et qu’on quitte avec écœurement ? Vaste sujet …

L’auteure a choisi un thème qui me passionne, celui de la justice. Cette « activité » qui évolue très souvent en zone grise est loin d’être une sinécure. Je pense même qu’il s’agit de l’acte le plus difficile à accomplir, raison pour laquelle cette justice des hommes n’est parfois pas si juste ! 

Nous suivons ici un avocat espagnol, sur deux périodes qui s’alternent. Un avant et un après … 

Dans l’une, nous sommes à Bordeaux et cet homme, ambitieux et arrogant comme jamais, a choisi de défendre une cause presque perdue d’avance : celle de son client accusé d’avoir commis - ou pas ! - des viols en séries ainsi que des actes de barbaries sur ses victimes. Une affaire hautement médiatisée. L’avocat, en finalité, ne perd jamais vraiment … 

Dans l’autre période - l’après … -, nous sommes en Espagne, bien après le procès. Notre avocat s’est retiré des affaires pour profiter de sa petite famille. Mais voilà, en évoluant dans la première période, on va pouvoir comprendre comment et pourquoi la seconde va basculer dans l’horreur absolue. 

L’écriture de Max Monnehay est puissante pour plusieurs raisons. D’abord, pour les personnages. Elle possède un talent phénoménal - n’ayons pas peur des mots, justement ! - pour trouver les termes justes, ceux qui nous harponnent et nous place immédiatement face aux protagonistes. Il y a « quelque chose » d’indéfinissable qui crée une identification quasi instantanée. 

Ensuite, pour le contexte. J’aime les histoires de justices - j’ai même les deux pieds dedans quotidiennement - mais l’auteure va encore plus loin. Les dimensions psychologique, judiciaire et sociétal s’entremêlent avec une habilité, une pertinence et une intensité émotionnelle remarquable. La morale en prend un sacré coup ici ! 

Ce récit révèle toute la difficulté pour la société de rendre justice. Une bonne partie repose sur des appréciations ou des preuves qui, après de jolis coups de théâtre au tribunal, demeurent de simples éléments de preuves. 

L’auteure, qui nous convoque longuement au tribunal dans cette histoire, démontre qu’il n’est pas tant question de vérité que de ce que l’on parvient à établir comme vraisemblable. Bienvenue sur les planches …

En marge de cette intrigue, l’auteure met en lumière les aspects les plus gerbants de notre société d’humains débiles et arriérés, à l’image des lévriers espagnols torturés et pendus pour avoir « déshonoré » leur chasseur, ou les violences infligées aux gamins qui laissent des traumatismes à perpétuité. Point commun entre ces deux exemples : « l’humanité » dans toute sa splendeur … 

Mais au cœur de cette intrigue se déploient les émotions les plus intenses qui soient : la haine, la douleur, la souffrance et la rage.

Ce récit est profondément humain, et inhumain à la fois. L’histoire de notre monde … 

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H
Comme ce qui touche aux procès et à la Justice, je préfère remplacer ce mot par procédures judiciaires, me passionne, je suis tentée par ce roman quoique je n’aie jusqu’à présent pas été convaincue par les livres d’elle que j’ai lus.<br /> Merci pour cet article très aguichant. ;-)
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