Le lac des signes - Marie-Eve Meuwly
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Le lac des signes
Marie-Eve Meuwly
Éditions Montsalvens / 2025
252 pages
Il y a quelque chose d’irremplaçable dans le plaisir de suivre une intrigue qui se déploie sur nos terres familières. Cette satisfaction particulière n’a pour moi pas de prix.
A travers les différents chapitres, l’auteure dévoile progressivement ses personnages, nous offrant un accès privilégié à leur psychologie. Cette approche favorise une immersion rapide dans leur intimité.
Parmi ces personnages, l’un d’eux s’impose clairement par sa prestance, son allure et sa noirceur : l’atmosphère qui règne autour du Lac Noir, dans le canton de Fribourg. Cet endroit est omniprésent et l’auteure arrive à lui donner un air aussi grave qu’envoûtant. Pour moi, qui connaît bien ce lieu, c’est assez déroutant !
Je ne suis pas un adepte des grandes descriptions à rallonge - j’aime quand ça va droit au but - mais, étant du coin, je trouve que cela aurait été une belle plus-value de mettre en avant quelques coins de notre ville ou de notre canton. Je crois qu’à part la région du Lac Noir qui, je le répète, est magnifiquement mis en scène, il n’y a aucun lieu décrit. Dommage (pour moi).
L’architecture narrative nous permet de côtoyer les flics, les victimes et même le tueur. Nous le suivons de près, nous connaissons ses motivations, les raisons de ses actes, son mode opératoire, ses pensées, bref, toute sa perversité se déverse sur nous telle une coulée de lave mais nous ne savons pas qui c’est. J’aime vraiment cette approche qui permet de conserver une belle tension.
Étant flic dans la région où se déroule cette intrigue, j’ai relevé quelques incohérences au niveau des procédures, mais le côté psychologique étant très intense dans ce récit, j’ai assez vite fait abstraction de ce détail qui se noie et se dissout face à la qualité des personnages, leurs épaisseurs et face au déroulement de l’intrigue qui est plutôt prenante.
La mort - deuil, souffrance, solitude, violence, jouissance, désespoir, acceptation, ou non -, nous accompagne sous ses mille visages - si j’ose dire, compte tenu de l’état des victimes présentes ici ! Notre canton a certes connu peu de tueurs en série, mais il y en a eu, à l’image du « Sadique de Romont ». L’auteure en ajoute un nouveau ici en mettant en place un scénario vraiment intrigant, dont je ne révélerai évidemment pas les détails.
L’auteure parvient à donner une dimension intime à cette enquête criminelle, en impliquant de façon cruelle l’enquêtrice principale. C’est là, pour moi, l’élément fort de cette histoire : cette implication personnelle apporte un aspect véritablement original à l’intrigue.
La vengeance sera le dénominateur commun dans cette trame. Encore une fois, nous pouvons constater que l’âme humaine, une fois anéanti, n’oublie jamais.
La vengeance relève-t-elle d’une forme de folie ? Apporte-t-elle réellement satisfaction ? Peut-elle réparer l’irréparable ? D’un point de vue morale, est-elle justifiable ? La vengeance, dans sa complexité, est pour moi un acte fascinant.
Dans cette histoire, l’auteure fait de cet acte punitif le cœur de son récit, l’imposant avec force et violence.
A lire.