Prendre les loups pour des chiens, Hervé Le Corre

Publié le par Pascal K.

Prendre les loups pour des chiens
Hervé Le Corre

Éditions Rivages / 2017
350 pages 

Le regard de mon chien reflète à merveille celui que vous porterez sur ce roman noir, après avoir tourné la dernière page. C’est affligeant ! 

Plus qu’une intrigue, cette trame représente davantage une ambiance, gorgée de nuances, ne dégageant cependant qu’une seule teinte, le noir. 

Un homme, Franck, sort de prison, après avoir été enfermé quelques années suite à un casse commis avec son frère. Sa belle-sœur, Jessica, vient le récupérer et l’amène chez ses « Vieux », dans une vieille maison campagnarde, où vit également sa petite fille de 8 ans. Nous sommes dans le bordelais, il fait très très chaud, le cadre est posé !

En entrant dans cette bicoque, nous sommes gênés par une ambiance vaseuse, malsaine. Une sale histoire, qui a dû commencer bien avant notre arrivée, collante et moite, est bien présente - on le ressent ! -, terrée un peu partout en ces murs. Non-dits, méfiance, petites magouilles, alcool, laisser-aller et une petite fille qui ne dit ou ne mange presque rien. C’est glauque. C’est suant, ça transpire le malaise ! 

Jessica, la mère de cette gamine, est un personnage complexe, ambigu et difficile à cerner. Cette femme, dévoilant maints visages, va autant vous décevoir que vous faire fulminer. L’indignité de ses actes est limite vomitive. 

Sur un plan humain, cette histoire est très sombre, démoralisante. Cette déchéance qui s’amplifie au fil des pages nous fait sans cesse soupirer. C’est moche, c’est sale. Nous sommes constamment partagés entre un sentiment de pitié et l’envie d’administrer des claques pour faire réagir !

En suivant ce Franck, nous pouvons remarquer que la solitude est parfois présente même en étant en société. Cette ambiance étouffante, associée à une chaleur omniprésente, ajoute du gluant à l’atmosphère ! L’auteur, pour accentuer cette sensation de malaise, nous plante un rythme lent et traînant. Ça passe bien !

Au fil des pages, aidés par les propos de Franck, nous comprenons bien que la liberté est une situation délicate à gérer après en avoir été privé. Le traumatisme lié à l’enfermement est loin d’être anodin. Mais être hors de prison, est-ce forcément être libre ? A en juger par la quantité de merde qui colle sous ses semelles à chaque pas - bien malgré lui ! -, le scepticisme est permis.

Hervé Le Corre nous parachute au milieu de la campagne bordelaise où les protagonistes n’ont pas la vie simple, semblent frappés d’inculture et triment pour pas grand-chose. Pour gagner leur croûte, étant plutôt démunis - et pas uniquement d’un point de vue pécuniaire !! -, ils vont suivre des pistes pas si judicieuses et ainsi prendre certains risques. 

Trafics de drogues, de bagnoles, tout est bons dans ce coin de France pour gagner quelques ronds. Le tout étant d’assumer mais aussi de savoir jusqu'où aller !

Cette histoire puise sa force dans la qualité des personnages, leur complexité, leur toxicité, leur douleur ou leur opacité. Énormément de profondeur émane de ce récit, accompagnée de violence et de malveillance. C’est déchirant. La sphère familiale est bien mise à mal. L’enfant - ou même celui devenu adulte -, dans cette histoire, souffre énormément !

Je conseille de lire ce récit noir, cruel, qui dénonce toute la bassesse dont sont capables nos semblables, nourris par le vice !

Bonne lecture.

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 02/03/2020 10:05

Un auteur que j'apprécie. Noté.