Ted, Pierre Rehov

Publié le par Pascal K.

Ted
Pierre Rehov

Ring Éditions / 2020
475 pages 

Pierre Rehov applique ici un style très particulier - fascinant ! - pour nous brosser la vie criminelle d’un homme tristement célèbre. Entre réalité et fiction, sur fond historique, nous allons pénétrer l’âme écœurante - maudite ? - de cet individu aux mœurs répugnantes. Mais nous allons également nous en éloigner, pour nous enfouir dans un récit poignant et révoltant. 

L’auteur s’est inspiré du tueur en série Ted Bundy qui reconnut, peu avant son exécution, avoir violé et tué une trentaine de jeunes filles - entre 1974 et 1978 - aux Etats-Unis. (En réalité, probablement plus d’une centaine). Un homme décrit comme étant un sociopathe sadique, qui prenait du plaisir dans le contrôle qu’il avait sur ses victimes, et ceci même après leur mort, pour certaines ... 

Ted Bundy déclara lui-même un jour : « Je suis le plus grand fils de pute sans cœur que t’auras jamais rencontré. »

Le cas de Ted Bundy, à l’époque, choqua et déstabilisa profondément l’Amérique qui considérait les tueurs en série comme des fous, et non comme des personnes dites « normales » comme Bundy. 

Dans cet ouvrage, nous aborderons le Mal de deux manières bien distinctes. Tout d’abord, en absorbant les dernières paroles de Bundy, destinées à un pasteur, juste avant son exécution. Un échange glaçant qui nous donne énormément d’informations sur l’état d’esprit de ce tueur doté d’une âme plutôt complexe ! 

  •  Aucune ne méritait de te rencontrer, Ted.
  •  Je sais, révérend. Personne n’aurait jamais dû croiser la route de Ted Bundy ... Pas même moi.

Ensuite, par un récit poignant, se déroulant dans les années 30. Nous sommes en Union soviétique, un état écrasé par une dictature totalitaire, sous l’ère de Staline. Quel est le rapport, allez-vous me dire ? 


Le Mal, bien entendu. Mais pas seulement. L’auteur va établir un lien subtil, osé et assez surprenant entre le tueur en série - son âme - et ce récit d’une autre époque. 

L’auteur dénonce et place devant nos yeux tout un pan de l’Histoire qui a fait nettement moins de bruit que la période nazie, mais qui a engendré peut-être bien plus de morts et autant de souffrance et de cruauté envers des innocents ! Pierre Rehov n’épargne absolument pas le lecteur pour lui raconter la honte, le désespoir et la bestialité d’un pays dirigé par un psychopathe décérébré. 

Rafles arbitraires, interrogatoires sous la torture, mensonges, pressions, déportations, éliminations, camps de la mort (goulags), frustrations, pouvoir, INJUSTICE ! Survivre à cette époque, dans cet état de non-droit, semblait être considéré comme un délit. Et vivre, un crime ? 

Pierre Rehov sait raconter une histoire ! Tu te sens immédiatement pris corps et âme dans ce récit qui t’enveloppe complètement. Lors des déportations vers la Sibérie, je me suis surpris à être moi-même une bête parmi le bétail, affalé dans l’un des wagons puant emportant tous ces innocents vers l’abattoir. Cette douleur, tu la vis, tu la prends et tu la portes sur tes épaules jusqu’au bout ! 

Et, surtout, tu écoutes avec attention tout ce qui se dit autour de toi, car ce n’est de loin pas dénué de sens ! Les récits que tu suis attentivement dans ce wagon de la mort, avec le bruit de la ferraille, des hurlements et des pleurs qui t’assourdissent, te glacent carrément le sang. La sagesse qui en découle, quant à elle, te redonne un peu de chaleur. C’est profond et déchirant ! 

L’auteur évoque ici des valeurs plus que fondamentales, telles que l’amitié, l’entraide, l’altruisme ou encore l’espoir.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà lu un tel récit ! Quelle maîtrise ! Le dénouement saura vous expliquer le lien que vous aurez cherché durant toute cette histoire. Bien vu.

Bonne lecture. 

 

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Alex-Mot-à-Mots 11/02/2020 16:32

Ted Bundy, non merci. Mais ta dernière phrase aiguise ma curiosité.

Pascal K. 12/02/2020 13:56

Oui, c'est l'un des attraits de cette histoire. Qu'est-ce qui peut bien relier Ted Bundy à l'union soviétique des années 30 ...