Qaanaaq, Mo Malo --- Découvrir ses origines enfouies sous la glace !

Publié le par Pascal K.

Qaanaaq
Mo Malø

Éditions de La Martinière / 2018

C’est sur l’une des plus grandes îles du monde que nous allons atterrir, certainement en glissant un peu, pour suivre cette intrigue qui fait plutôt froid dans le dos. Je parle de la température, oui, car nous débarquons au Groenland, mais cette expression s’applique également à cette trame !

Nous ne serons pas les seuls à débarquer sur cette terre recouverte de glace, car nous descendrons de l’avion aux côtés du capitaine Qaanaaq Adriensen, de la Crim’ de Copenhague. 

Cet homme, qui retourne sur les terres - les glaces ! - de ses ancêtres, - un lieu qu’il n’a pourtant pas connu et qu’il découvre -, vient en aide à la police locale dans le cadre d’une enquête sur des meurtres sordides, sanglants et surtout inhabituels. 

Les faits sont relativement classiques. Trois hommes, travaillant sur une plateforme pétrolière à 20 km des côtes, ont été assassinés dans leurs logements situés dans la capitale. Les blessures, quant à elles, sont déjà moins classiques : individus égorgés, abdomens profondément déchirés. Un carnage. Est-ce humain ... ?

Soit. L’enquête patauge ou plutôt reste coincée sous la glace ! Bref, un gros travail reste à faire chez les inuits !

L’auteur, avec un style très descriptif - sans en faire trop pour autant -, arrive à nous enfouir assez rapidement dans cette région peu connue. Juste assez pour nous permettre de nous perdre dans ce désert blanc et glacé, sur cette terre immaculée qui inspire le respect par sa grandeur, sa violence naturelle et son esprit.  

Le désordre, l’anarchie architecturale ou encore la pagaille administrative sont apparemment aussi des éléments assez concrets et propres à la région ! Donc, prétendre que Qaanaaq Adriensen vient juste en aide aux enquêteurs locaux, c’est un euphémisme ! 

Mo Malø nous présente des personnages hauts en couleur, que nous n’avons pas l’habitude de côtoyer. Son style d’écriture, caricatural et assez cocasse, se prête bien pour décrire ces protagonistes poilants et décalés. Ou alors est-ce nous, lecteurs, qui sommes un peu en décalage ? Le dépaysement, c'est sûr, sera évidemment géographique, mais aussi déclenché par l'esprit des lieux et des personnages qui forment une symbiose parfaite !

Mo Malø nous sert un assortiment complet d’interactions d’une grande vivacité. Qaanaaq s’écrase comme un bâton dans une fourmilière, - avec fermeté, sans jamais s’arrêter -, en arrivant chez ses collègues groenlandais. Notre capitaine, avec son caractère bien trempé, ses méthodes et ses principes bien rodés, va irrémédiablement agiter ce petit monde d’esquimaux.

Quand tu t’aperçois que les corps des victimes - normalement placés dans les casiers d’une morgue -, sont balancés derrière le poste de police, au fond d’un vieux congélateur parmi les phoques, tu as presque mal pour ces pauvres enquêteurs ! Franchement, cet univers est facétieux, j’adore ! 

Quoiqu’il en soit, malgré le peu de moyen mis à la disposition de ces « fins limiers », c’est une enquête précise et bien menée que nous allons suivre dans cette contrée dépaysante où souffle un vent violent d’une hypothétique indépendance. L'auteur, pour forger sa trame, va tremper le fer dans un contenu issu de la société actuelle de la région. 

Entre exploitations pétrolières, politique et coutumes locales et ancestrales, Qaanaaq Adriensen devra prendre un peu de recul pour avoir une vue d’ensemble sur cette enquête. Son côté « rentre-dedans » et son franc-parler seront des éléments dérangeants qui vont s’avérer être plutôt efficaces ! Les pressions exercées sur sa personne seront vite dégonflées par sa droiture et son intégrité. 

L’ambiance qui règne ici sur cette « île perdue » m’a vraiment surpris et fasciné. Entre modernité et archaïsme, le peuple inuit vit carrément entre deux mondes ! L’hospitalité, la culture et les traditions sont très ancrés dans les esprits et, personnellement, j’aime beaucoup cette façon de voir les choses. Je serais, par contre, moins enthousiaste à entrer chez l’un d’entre eux pour partager un ragoût de phoque bien graisseux relevé d’une sauce boostée au sang frais ! Chacun ses goûts !

Ce qui va modifier la dynamique de cette intrigue, ce sont les projecteurs qui vont tous se tourner simultanément vers Qaanaaq Adriensen. Notre capitaine de police va prendre une place non négligeable dans cette histoire. Son histoire ... ?

C’est à travers une vitre trouble et opaque - comme de la glace ! - que notre inspecteur va voir se dessiner petit à petit les traits qui constituent une partie de sa vie. 

« Briser la glace ». Une expression à prendre au sens propre comme au sens figuré !

Bonne lecture. 

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Alex-Mot-à-Mots 14/05/2019 13:05

A lire cet été avec la canicule.....

Pascal K. 14/05/2019 13:20

Un joli contraste