L'aigle de sang, Marc Voltenauer --- Jusqu'aux origines ... Du mal ?

Publié le par Pascal K.

L’aigle de sang
Marc Voltenauer

Editions Slatkine & Cie / 2019
511 pages 

Marc Voltenauer, 3ème expérience ! La première, avec « Le dragon du Muveran », ne m’a pas conquis; la seconde, avec « Qui a tué Heidi ? », m’a sincèrement convaincu. Et maintenant ?

C’est sur l’une des îles suédoises, Gotland, que nous allons nous poser le temps d’une intrigue, pour y puiser quelques réponses. Située entre la Suède et plus ou moins l’Estonie, cette île va être le terrain de jeu de Marc Voltenauer.

Nous monterons également à Gryon, en Suisse, mais pas trop, où nous retrouverons des personnages récurrents de Voltenauer, à savoir l’inspecteur Andreas Auer et son compagnon mal en point.

L’intrigue s’enroulera autour de plusieurs périodes, des époques de l’Histoire qui ne sont pas toutes si réjouissantes. 1944, pas besoin de vous en dire beaucoup plus. Ambiance de guerre, de fuite, de survie. Nous sommes au large de la Suède et nous ne savons pas trop pourquoi nous sommes là : c’est le prologue.

Nous survolerons longuement et principalement le Gotland des années 70, - mais aussi celui de nos jours -, où nous serons témoins de rites religieux ancestraux perpétrés par des jeunes de la région, vouant une adoration à une certaine déesse nordique. Un clan qui ressemblera davantage à une secte qu’à une activité entre amis.

L’auteur, à ce sujet, nous donnera quelques leçons de religion, à l'image de la « mort » de la culture païenne provoquée par le christianisme et la révolte qui s’en est suivie. Ceci explique sans doute cela, quant à la formation de ce clan. Soit, les vikings ne sont pas encore enterrés et les Dieux nordiques sont encore là pour surveiller et protéger Gotland ! Voilà, des explications très scolaires - trop ? -, oui, mais intéressantes.

Bref. Il y aura surtout Andreas Auer ! Nous allons vivre cet homme dont l’existence va prendre un tournant à 180 degrés. Un élément des plus perturbants va lui claquer à la gueule : son enfance est en jeu, son enfance est remise en question. L’inspecteur Andreas Auer va alors effectuer un voyage plutôt intense, qui va le conduire vers Gotland, mais surtout vers son passé.

Nos origines font évidemment partie de notre vie. Lorsque celles-ci deviennent troubles, lorsqu’elles apparaissent incertaines, c’est un solide mur qui s’effrite tout à coup et s’écroule. Le nouveau paysage qui apparaît derrière devient alors peut-être une nouvelle vie, du moins une partie.

Les aléas de la vie, de la mort ou de la guerre ont le pouvoir de modifier bien des destins. Se battre, résister ou fuir sont des choix qui ont également la force de faire changer l’avenir. Ici, nous serons absolument dans ce cas de figure.

Cette enquête sera celle de sa vie, dans tous les sens du terme. L’auteur nous la déroulera - l’enquête donc - à la manière d’un pêcheur qui lance son hameçon à gauche, puis à droite, et attend pour voir dans quel coin ça va mordre.

L’inspecteur Auer, au gré de ses rencontres sur cette île qui garde un terrible et vieux « cold case » dans ses entrailles, va s’approcher toujours un peu plus de lui-même.

Dans ce récit, à l’instar d’Auer, nous allons tomber sur des os bien coriaces. La vérité, quand elle est bien dégueulasse, a tendance à devenir très opaque, voire invisible avec le temps.

Mais comme un tas de merde bien puant n’est jamais si facile à enterrer, il y aura toujours des effluves qui remonteront à la surface un jour ou l’autre. Ces odeurs nauséabondes vont justement passer sous le nez d’Andreas Auer - parfois trop facilement ... -, qui va alors remonter petit à petit jusqu’à leur origine, voire même jusqu’à son origine.

Ici, le passé sera bien présent et va déstabiliser bien des personnes en les rattrapant ! Le fait d’assumer ses faits et gestes deviendra une pénible obligation. L’auteur, en évoquant ces faits, nous fera prendre conscience que la part de culpabilité d’une personne n’est pas si aisée à déterminer.

Entre rites ancestraux vikings, en passant par de sérieux non-dits ou par la fameuse loi de l’Omerta, ou encore par de troublants secrets familiaux, nous allons déambuler sur cette petite île suédoise à la recherche d’une vérité plutôt difficile à dénicher.

Cette trame, qui se déroule dans un décor qui me fascine, est épatante. Quelques heureux hasards - ou plutôt quelques facilités - aideront tout de même à nous conduire jusqu’au « fin mot de l’histoire ». Au niveau du style, j’ai été un peu gêné par certains « blabla » qui, personnellement, ne m’ont rien apportés.

Le dénouement nous démontrera à quel point l’être humain, encore une fois, peut être cruel et impitoyable lorsqu’il est atteint dans sa chair, mais également comment un événement peut modifier, par effet boule de neige, le cours des choses.

Au final, je referme un ouvrage qui m’a diverti, instruit, mais aussi captivé. A lire.

Bonne lecture.

Publié dans Littérature suisse

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Angie 08/04/2019 12:50

Hello ! Je ne connais pas du tout cet auteur mais ta chronique me donne vraiment envie. J'aime beaucoup les thrillers assez dense avec une profondeur de lecture. Je pense que celui-ci me plairait énormément. Je l'ajoute à ma liste de lecture pour les semaines à venir. Merci pour cette découverte :)

Pascal K. 08/04/2019 15:22

Et c’est également un joli dépaysement ! De rien :-)