Le manufacturier, de Mattias Köping

Publié le par Pascal K.

Le manufacturier
Mattias Köping

Editions Ring / 2018
549 pages

Vous allez avoir ici la chance de cheminer entre une enquête de police sur un serial-killer, une immersion totale dans les dédales d’un trafic conséquent de stups, ou encore un voyage en profondeur vers une guerre du passé, un massacre inhumain ; pléonasme c’est vrai.

Mattias Köping nous lâche sans filet au sein de cette tristement célèbre guerre-boucherie « patriotique » qui a opposé, au début des années 90, les croates et les serbes de Croatie. Un violent conflit - euphémisme ! - pour un territoire, les croates voulant établir un état indépendant. Bon allez, fin de l’Histoire, et début de l’histoire de Köping qui, au bout du compte, mériterait également une majuscule.

Dans cette histoire, nous allons vivre, au présent, une chasse du passé, à travers les faits et gestes, mais aussi à travers le courage et la détermination d’une avocate serbe, Irena Ilić, qui va mener un combat de titans. Son tableau de chasse : des criminels de guerre serbes de l’ex-Yougoslavie. L’enquête, menée par cette petite femme frêle et mourante, va s’apparenter à de la précision chirurgicale.

Mais avant de nous rendre sur la côte adriatique, nous allons d’abord aller faire un tour en Normandie, au bord de la Manche. C’est au Havre que nous allons croiser le regard noir du capitaine de la brigade criminelle, « Zéro » Radiche. Vous allez l’apprécier, ou ne pas l’apprécier du tout, comme pour la plupart de ses collègues. De toute façon, lui, il ne vous aimera pas.

Radiche est un flic apathique, froid, calculateur, puissant, taillé à la serpe. Mais c’est également un flic acharné, hors-pair, qui ne lâche absolument rien, peu importe les moyens. J’ai bien dit, peu importe les moyens.

Cet homme, pas forcément très présent durant bien quelques chapitres, va finalement endosser un rôle essentiel, voire carrément capital. Ce flic, que vous apprécierez ou que vous détesterez, gardera tout au long du récit un flou permanent qui risque de vous intriguer.

L’auteur nous pousse dans ce polar avec force, avec violence, dans une ambiance noire d’une remarquable réalité. La rue est notre territoire, la dope notre nourriture, les prostituées serbes, esclaves sexuelles traitées comme de vulgaires sous-merdes, nos compagnes d’infortune. Mais ça, ce n’est que l’entrée.

L’auteur a clairement ôté tous les garde-fous avant de nous faire traverser son récit. Brut, radical, violent et cash. L’auteur va jouer avec nos nerfs, mordre dedans et les déchiqueter. Violent ? Eh bien oui.

La vengeance - encore une fois ! - sera au centre de tout, une idée fixe, un besoin viscéral, une raison de vivre ! On dit que la vengeance est un plat qui se mange froid. Là, il sera plutôt glacial tellement il sera resté longtemps au congélateur.

La haine anime et nourrit ce récit du début à la fin.

Au niveau « flic », Mattias Köping nous sort le grand jeu. Le volet du récit qui a trait au trafic de stups est impeccable, débordant de réalisme. Surveillances, renseignements ou encore infiltrations, vous serez placés aux premières loges dans ce secteur hautement électrique.

En mettant en scène un gars comme le capitaine Radiche, tout l’aspect de la justice sera remis en question. Au final, qu’est-ce qui est le plus important ? Le respect des moyens ou l’obtention de résultats ? Éternelle question d’éthique. Ici, nous aurons quelques réponses.

Et puis, vous allez également avoir l’honneur et la chance de faire connaissance avec le Manufacturier. Abject, pervers et infâme. Le Darknet et son contenu n’aura plus aucun secret pour vous ; la torture, le supplice et la souffrance non plus. Ça fait mal, très mal, mais également un bien fou pour de grosses merdes lâches qui se secouent comme des bienheureux, devant leurs écrans, en observant la vie s’éloigner de victimes anonymes. Qui sont les plus tordus ? Ceux qui créent ou ceux qui payent un bras pour regarder ... ?

Réponse impossible, surtout lorsqu’on est témoin des atrocités perpétrées par ce dérangé de la courge. Sa dernière œuvre, constituée d’une mère et de son bébé, va provoquer une vive accélération dans le récit. Nous sommes face à une personne qui est totalement apathique, c’est vrai, mais qui est motivée par un élément bien précis. Vous le découvrirez au cours de cette lecture.

Et, bien sûr, nous aborderons une partie dure à encaisser, soit les récits cruels sur cette guerre de merde qui a opposé les peuples serbes et croates. Nous entrons là dans une partie de l’Histoire qui ne nous laissera plus ressortir indemne. L’auteur nous offre ici l’opportunité de nous déchirer le cœur en mille morceaux, de nous détruire à petits feux et de nous permettre ainsi de tout savoir pour ne jamais oublier.

Cette guerre civile rassemble tout ce que l’homme est capable de faire quand on lui laisse le champ libre. Ça fait peur, mais ce n’est qu’une triste réalité !

Les personnages que nous côtoyons au fil des pages, eux aussi, n’oublieront jamais les stigmates du passé. Le combat que nous observons, titanesque, est une lutte obligatoire pour la justice, pour la mémoire, mais aussi pour quelques âmes brisées, broyées et démolies à jamais.

Mais cela peut également être toute autre chose. Encore une fois, la vengeance, lorsqu’elle est nourrie par la peur, la douleur, la souffrance et un déchirement total, peut être complètement disproportionnée.

Ce combat, livré entre les Balkans et la France, va prendre des proportions énormes, impliquant pas mal de sphères décisionnelles.

Bon ! De multiples massacres dans les Balkans des années 90, le Darknet, un psychopathe ou encore ce climat violent et tendu dans le milieu du trafic de dope: quel est le lien entre tous ceci ?

Eh bien, je ne vais évidemment pas vous le dire ! Mattias Köping va le faire à ma place, et il va le faire plutôt bien ! Quel beau coup de bluff ! Restez attentifs aux multiples alarmes qui vont se déclencher dans votre tête de lecteur tout au long du récit.

La guerre n’est pas finie, elle ne fait même que ... continuer.

Bonne lecture.

Commenter cet article

lacavernedupolar 27/03/2019 15:34

Je viens de finir son premier roman les démoniaques. J'ai hâte de lire le manufacturier.

Pascal K. 27/03/2019 16:33

Et moi l’inverse !

Candice 11/02/2019 15:37

Très bel article, très intéressant et bien écrit. Je reviendrai me poser chez vous. A bientôt.

Pascal K. 11/02/2019 17:00

Merci ! Vous êtes la bienvenue !

MAUD 05/02/2019 17:53

Moi qui n'avais aucunement l'intention de le lire après les émotions déclenchées par Les Démoniaques, voilà que ton billet me donne vraiment envie de le lire !
Merci pour cette belle chronique, qui donne beaucoup d'éléments sans trop en dévoiler et qui est toute en finesse !

Pascal K. 05/02/2019 18:27

Merci ! Alors attention les émotions à venir !