La Reine Noire, Pascal Martin

Publié le par Paco

La Reine Noire
Pascal Martin

Éditions Jigal / 2017
242 pages

Si vous avez besoin de lecture bien noire, quelque peu inquiétante, malsaine, vous ouvrez là le bon bouquin. Des ingrédients fort intéressants sont utilisés ici pour créer une recette bien écœurante : un petit village vivant en autarcie, des personnages qui gardent des secrets sur des faits bien pervers et dégueu, une jeune fille handicapée, abusée et violentée, ou encore une personne qui présente plutôt bien, digne de confiance, mais qui, au fil des pages, dévoile un personnage tout à fait différent. Bref, bienvenue dans cette petite bourgade de la Lorraine : Chanterelle !

Un homme étrange, énigmatique et très discret, débarque dans cette petite cité ouvrière, en Lorraine, à bord de sa BM flambant neuve, sous le regard curieux et médusé des quelques villageois présents au bistrot.

Tout a changé. Il connaissait bien cet endroit, à une certaine époque. Il ne reste cependant plus grand-chose, à part peut-être cette longue cheminée noire au milieu de ce décor à l’abandon, témoin d’une ère en pleine effervescence, lorsque la raffinerie était encore en activité. La Reine Noire. Toute une institution, le pilier de la bourgade.

Cet homme, froid, cynique, qui crée un certain malaise sur son passage, finira par s’installer dans le village. Pourquoi est-il là ? Tout le monde, pourtant, devrait le reconnaître.

Ce drôle de personnage ne sera pas le seul à débarquer à Chanterelle. Il y aura aussi Michel Durand, psychiatre, fils du feu directeur de la raffinerie, avant qu’elle ne cesse toute activité et qu’elle ne fasse couler tout le village avec elle. Et lui, que vient-il faire ici ?

On remarquera assez vite que tout le monde connaît tout le monde et que beaucoup de ce « tout le monde » aime parler des autres « tout le monde ». Bienvenue dans ce petit patelin dans lequel il n’y a plus grand-chose à faire, mais beaucoup de choses à dire !

Le village et ses secrets inavouables... 

Le style de ce bouquin est impeccable. On débarque dans ce village avec l’impression de déranger. On déambule dans ce bourg sans trop savoir où l’on va, à l’aveugle. C’est très opaque, moult secrets bien dissimulés semblent errer au-dessus de notre tête. Le village est calme, très calme, les gens aussi, mais l’on ressent clairement qu’il y a eu bien des choses qui se sont passées. Et franchement, on aimerait bien savoir de quoi il s’agit !

Au fil des pages, les réponses à nos maintes questions vont enfin tomber. Le psychiatre Michel Durand n’est pas vraiment psychiatre, même pas du tout, et l’homme froid et mystérieux qui débarque dans ce village, son village d’enfance, n’est de loin pas un enfant de cœur. Le calme apparent qui régnait dans ce bourg va être chassé d’un revers de main. Il y a trop de choses qui se sont passées ici pour que cela dure.

Avec de magnifiques dialogues et des personnages vrais et authentiques, l’auteur va nous pousser dans une histoire où de vieilles affaires de familles, de villageois, de parties de jambes en l’air pas très avouables, ou encore de vengeances vont resurgir. Une fois de plus, il va être démontré ici que l’être humain n’oublie rien, garde absolument tout au fond de lui, surtout lorsqu’il - ou un proche - a été bafoué, traîné dans la boue et traité comme de la merde. Mais aussi lorsqu’il a lui-même commis des actes plutôt inavouables. La honte est difficilement surmontable.

C’est dans un esprit typique de petit village que nous allons suivre cette sale histoire. Un village avec son curé - pas très catholique - expatrié, des enfants nés avec un handicap mental, une vieille bonne excitée qui distribue des torgnoles à tour de bras à sa fille (attardée), ses joueurs de cartes, au bistrot, à qui rien n’échappe, du moins c’est ce qu’ils souhaitent à tout prix, ou encore son maire autoritaire, charismatique, manipulateur et dominateur.

Le passé sera déterré, morceau par morceau, et plus on enlèvera de la matière, plus ça commencera à sentir mauvais.

Le joli tour de force que l’auteur réussit à faire ici est de nous jeter constamment du sable dans les yeux afin de nous aveugler en permanence. Pascal Martin nous fait pourtant évoluer sans temps mort, mais tout en gardant ses cartes maîtresses en main. Il en jette juste quelques-unes, sans importance majeure, afin de capter notre attention. C’est réussi.

Mais rassurez-vous, un dénouement violent et sans appel, envoyé tout en douceur, vous fera tourner la dernière page aussi violemment qu’en douceur. Peut-être pour laisser les personnages, qui restent encore debout, quitter cette histoire tranquillement la tête haute.

Bonne lecture.

Commenter cet article

Shana lilie 03/11/2017 02:05

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte. un blog très intéressant. J'aime beaucoup. je reviendrai. N'hésitez pas à visiter mon blog (lien sur pseudo). au plaisir

Paco 03/11/2017 08:28

Promis, merci

Virginie 02/11/2017 13:33

En tout cas, ton billet donne envie :-)
Je vais garder ce titre de côté, lorsque l'envie d'un livre sombre se pointera.
Belle journée
Virginie

Paco 02/11/2017 13:47

Assez efficace, beaucoup aimé